(Re)penser les liens entre le territoire et l'entreprise
Face à la raréfaction de l’eau et aux défis énergétiques, entreprises et territoires doivent repenser leurs interdépendances. De Dunkerque à la Bretagne, une même conviction s’impose : construire collectivement des trajectoires robustes, conciliant développement économique et environnement.
Événements
Arbitrer collectivement en termes de (répartition des) ressources disponibles sur le territoire, c’est en substance ce que j’ai retenu de la conférence organisée lundi 28 septembre à Paris à l'Hôtel de l'industrie.
On ne peut pas décider de l’accroissement de toutes les ressources, et notamment de l’eau. Il y en a une quantité limitée pour le territoire et elle doit être partagée de manière équitable entre les différents usages. Il s’agit donc de construire des projets industriels mais aussi sociétaux en étant clair sur les ressources à disposition, maintenant mais aussi dans 20, voire 30 ans. Parce que les industries se projettent sur le temps long.
Cela nécessite une instance de gouvernance (partagée) qui implique l’ensemble des parties prenantes pour prendre conscience des enjeux de manière anticipée, apporter des visions complémentaires et définir ensemble des solutions. Cela nécessite de s’accorder sur un cap stable et une trajectoire souple, pour absorber les fluctuations. Autrement dit le territoire doit définir une stratégie et sortir du mythe de la planification. L'exemple des Hauts-de-France et de Dunkerque est particulièrement riche. Les intervenants ont mis en évidence le changement de paradigme qui s'impose, s'agissant en particulier de l'approvisionnement en électricité. Des investissements significatifs sont nécessaires, qu'une entreprise ne pourra pas assumer seule.
C’est là que de nouveaux modes de pensée, comme la robustesse, entrent en jeu. Penser sur le temps long, (re)créer du lien avec de nouveaux partenaires, retrouver des marges de manœuvre, comme l’a rappelé Isabelle CUSSAC. C'est aussi le rôle de l'Etat que de faire preuve d'une nouvelle posture, plus prospective, pour anticiper les défis.
Lors de la deuxième table ronde, propre à la Bretagne, le témoignage de Loïc Hénaff en particulier m’a fait penser aux entreprises de l’Arc jurassien. Son grand-père a fondé la société il y a près de 120 ans «pour apporter un peu de prospérité au Pays Bigouden». Les PME familiales d’hier sont certainement des atouts pour demain.
Les intervenants ont rappelé que les enjeux avaient changé, "brutalement", en prenant l'exemple de l'eau qui d'abord été trop abondante durant le premier trimestre de l'année, avant de manquer, partout, cet été. Ce n'est pas seulement la qualité qui fait défaut, c'est aussi la quantité. Dans ces circonstances, des projets trop gourmands en eau ne trouvent plus de place sur le territoire, même s'ils permettent la création d'emplois.
Une soirée riche qui rappelle que les enjeux de l'espace BEJUNE et de la Suisse en général sont aussi ceux du continent européen et que l'économie et l'environnement sont étroitement liés. Ce n'est pas OU, mais ET.
Et pour les parties prenantes, quels sont les pas auxquels je suis prêt pour faire avancer le collectif ?